Voiture de fonction ou indemnités kilométriques ?

Publié le 8 juillet 2026 Kilometrack

À jour au 18 juillet 2026 — vérifié sur legifrance.gouv.fr. Les sources officielles sont listées en bas de page.

Voiture de fonction ou indemnités kilométriques : le comparatif

Un commercial à équiper, un technicien en tournée, ou vous-même au volant chaque semaine : faut-il fournir une voiture de fonction ou rembourser des indemnités kilométriques ? La décision tient à trois questions : qui possède le véhicule, quelle part d'usage privé vous acceptez, et combien de kilomètres professionnels sont réellement parcourus. Voici le comparatif, chiffres en main.

Les deux formules en clair

La voiture de fonction, c'est l'entreprise qui achète ou loue le véhicule et qui paie tout : carburant selon la politique choisie, assurance, entretien. Le salarié peut l'utiliser dans sa vie privée — c'est même souvent l'argument d'embauche. Mais cet usage privé a un prix : il constitue un avantage en nature, un complément de rémunération soumis à cotisations sociales pour l'entreprise et imposable pour le salarié.

Les indemnités kilométriques, c'est l'inverse : le salarié roule avec sa propre voiture, et l'entreprise le rembourse trajet par trajet, en appliquant le barème kilométrique publié par l'administration. Bien justifiées, ces sommes échappent aux cotisations et à l'impôt : le cadre complet est dans notre guide des indemnités kilométriques.

Autrement dit : la voiture de fonction est une rémunération qui roule, les indemnités kilométriques — les « frais kilométriques » du langage courant — sont un remboursement de frais. Tout le reste découle de cette différence.

Voiture de fonction : le coût caché s'appelle avantage en nature

Tant que le véhicule ne sert qu'au travail, il n'y a rien à déclarer. Dès qu'il sert aussi à titre privé — week-ends, vacances, trajets du quotidien — l'avantage en nature apparaît, et il se chiffre. L'employeur peut l'évaluer sur les dépenses réelles, mais la plupart des petites structures retiennent le forfait, plus simple. L'arrêté du 25 février 2025 a fortement relevé ce forfait pour les véhicules mis à disposition à compter du 1er février 2025 :

Situation (véhicule attribué depuis le 01/02/2025) Avantage en nature annuel
Véhicule acheté (5 ans ou moins) 15 % du coût d'achat TTC
Véhicule acheté (plus de 5 ans) 10 % du coût d'achat TTC
Véhicule acheté + carburant payé par l'entreprise 20 % du coût d'achat TTC (15 % si plus de 5 ans)
Véhicule loué (location ou LOA) 50 % du coût global annuel (loyer, entretien, assurance)
Véhicule loué + carburant 67 % du coût global annuel

Exemple : une berline achetée 25 000 euros TTC avec carburant pris en charge génère 5 000 euros d'avantage en nature par an (20 % de 25 000), ajoutés au salaire brut soumis à cotisations — patronales et salariales — et au revenu imposable du salarié. Le forfait n'est d'ailleurs pas une fatalité : l'entreprise qui paie le carburant peut préférer le forfait de base (15 %, 10 % ou 50 %) complété des frais réels du carburant privé, souvent plus doux que le forfait global. Et pour un véhicule loué, le BOSS admet de plafonner l'évaluation à celle qui résulterait d'un achat.

Le critère d'entrée dans ce régime est la date de mise à disposition au salarié, pas la date d'achat. Les véhicules attribués avant le 1er février 2025 conservent les anciens taux, nettement plus doux — 9 % du coût d'achat (6 % au-delà de cinq ans), 12 % ou 9 % avec carburant, 30 % ou 40 % du coût global en location — tant qu'ils restent aux mains du même bénéficiaire. Un changement d'attributaire après cette date fait basculer le véhicule dans le nouveau régime.

L'électrique, lui, garde un régime de faveur jusqu'au 31 décembre 2027 : abattement de 70 % sur le forfait, plafonné à 4 641,60 euros par an (valeur au 1er janvier 2026, revalorisée chaque 1er janvier), sans compter l'électricité offerte par l'employeur ; en évaluation aux dépenses réelles, l'abattement est de 50 %, plafonné à 2 026,30 euros en 2026. Une réserve de taille : seuls y ouvrent droit les modèles qui atteignent le score environnemental du code de l'énergie — celui du bonus écologique, que tous les véhicules électriques n'obtiennent pas. À vérifier avant de commander.

Restent, côté société, des coûts que ce guide ne chiffre pas : taxes annuelles sur les véhicules de tourisme des entreprises, plafonnement de l'amortissement déductible. Le coût complet se calcule avec votre expert-comptable.

Indemnités kilométriques : la souplesse, au prix de la preuve

Avec les indemnités kilométriques, l'entreprise n'immobilise rien : pas d'achat, pas de location, pas d'avantage en nature à déclarer. Elle rembourse les kilomètres professionnels réellement parcourus, au tarif du barème, qui couvre le carburant, l'usure, l'assurance et l'entretien ; s'y ajoutent, sur justificatifs, les péages, les frais de stationnement ou de garage et les intérêts d'un éventuel crédit d'achat, au prorata de l'usage professionnel.

Les ordres de grandeur, pour une voiture de 5 CV au barème kilométrique 2026 : 10 000 kilomètres professionnels dans l'année coûtent 4 965 euros à l'entreprise, et 20 000 kilomètres, 8 535 euros — exonérés de cotisations et d'impôt tant que le relevé tient.

Car l'exonération a une condition, posée par l'article 4 de l'arrêté du 4 septembre 2025 sur les frais professionnels : le salarié doit être « contraint d'utiliser son véhicule personnel à des fins professionnelles », et les indemnités sont alors réputées utilisées conformément à leur objet dans la limite du barème fiscal. Le texte fixe la limite de montant ; la preuve du caractère professionnel des kilomètres, elle, relève du contrôle : c'est le relevé de chaque déplacement — date, motif, distance — qui porte tout l'édifice. Pour un dirigeant qui se rembourse lui-même, l'exigence monte d'un cran : le cas est traité dans les indemnités kilométriques du gérant.

La contrepartie est humaine plus que comptable : c'est le salarié qui porte le véhicule — l'achat, la décote, la panne imprévue. Au-delà d'un certain volume, faire rouler sa voiture personnelle pour l'entreprise devient difficile à défendre, même bien remboursé. Et un point s'oublie systématiquement : l'usage professionnel doit être déclaré à l'assureur du salarié, faute de quoi la prise en charge d'un accident en mission peut être discutée. Une vérification de contrat avant le premier remboursement évite de le découvrir au pire moment.

Voiture de fonction ou frais kilométriques : le face-à-face

Critère Voiture de fonction Indemnités kilométriques
Qui possède le véhicule L'entreprise Le salarié
Investissement de départ Achat ou engagement de location Aucun
Carburant, assurance, entretien L'entreprise Le salarié (couverts par le barème)
Usage privé Permis, mais taxé (avantage en nature) Sans objet (véhicule privé)
Charge sociale et fiscale Cotisations + impôt sur l'avantage en nature Exonéré dans la limite du barème justifié
Preuve à tenir Distinguer usage pro / usage privé Relevé de chaque trajet professionnel
Réversibilité Faible (véhicule acquis, contrat) Forte (arrêt du remboursement)

Comment trancher selon votre situation

  • Déplacements quotidiens et intensifs. La voiture de fonction s'impose souvent : user la voiture personnelle d'un salarié à 30 000 km par an est intenable, et l'avantage en nature s'assume comme un élément de rémunération. L'électrique adoucit la facture jusqu'à fin 2027, et le barème joue contre les indemnités sur ce profil : plafonné à 7 CV fiscaux, il ne suit plus la puissance réelle des gros véhicules.
  • Déplacements réguliers mais modérés, salarié déjà équipé. Les indemnités kilométriques gagnent presque toujours : zéro immobilisation, zéro avantage en nature, un coût strictement proportionnel à l'activité — à la seule condition d'un relevé solide.
  • L'usage privé est un argument de recrutement. Assumez la voiture de fonction et déclarez l'avantage en nature au bon taux : c'est le prix, connu d'avance, d'un avantage salarial apprécié.
  • Déplacements ponctuels ou saisonniers. Indemnités kilométriques sans hésiter : la réversibilité fait la décision. Un véhicule acheté se revend mal ; un remboursement s'arrête tout seul.

En ordre de grandeur — purement indicatif —, la bascule se joue souvent entre 15 000 et 20 000 kilomètres professionnels par an : le remboursement au barème rejoint alors le coût annuel complet d'un véhicule fourni. Le point exact dépend du véhicule, de son financement et de la politique carburant. Quelle que soit la formule retenue, gardez un réflexe : les montants des deux arrêtés fondateurs — 25 février 2025 pour l'avantage en nature, 4 septembre 2025 pour les frais professionnels — sont revalorisés chaque 1er janvier, et le barème kilométrique est republié chaque année. La date de vérification en tête de cet article est là pour ça.

Le piège de chaque formule

Côté voiture de fonction, le risque porte un nom : l'usage privé non déclaré. La Cour de cassation vient d'en donner une illustration marquante (Cass. soc., 14 janvier 2026, n° 24-14.418). Un salarié se voit retirer son véhicule pourtant qualifié « de service », qu'il conservait à son domicile et utilisait en permanence pour ses trajets professionnels et personnels ; il cesse de venir travailler, il est licencié. La Cour requalifie le véhicule en avantage en nature et juge le licenciement sans cause réelle et sérieuse.

La leçon est double. L'appellation ne protège pas : c'est l'usage constaté qui décide — un principe posé ici aux prud'hommes, mais qui se transpose tel quel au terrain URSSAF, où l'usage privé non déclaré se paie en rappel de cotisations sur plusieurs années ; le déroulé est dans notre guide du contrôle URSSAF des véhicules d'entreprise. Et un véhicule requalifié en avantage en nature devient un élément de rémunération, que l'employeur ne peut plus retirer de sa propre initiative.

Côté indemnités kilométriques, deux erreurs très fréquentes : rembourser au barème et payer la carte carburant ou l'entretien du même véhicule — le barème couvre déjà ces frais, l'excédent redevient du salaire — et glisser les trajets domicile-bureau quotidiens dans le relevé, alors qu'ils ne sont pas des déplacements professionnels. Dans les deux cas, la crédibilité de l'ensemble tombe.

Quelle que soit la formule retenue, c'est la frontière entre kilomètres professionnels et privés qui sera contrôlée. C'est exactement ce que Kilometrack documente : chaque trajet professionnel est déclaré au moment où il a lieu, horodaté, avec son motif et sa distance — un relevé construit au fil de l'eau, exploitable pour vos remboursements comme pour votre défense en cas de contrôle. Essai gratuit, sans carte bancaire.

Pour aller plus loin : le cadre des indemnités kilométriques, le barème kilométrique 2026, le cas du dirigeant qui se rembourse ses kilomètres, le contrôle URSSAF des véhicules, ou l'ensemble de nos guides.

On met un point d'honneur à garder ces informations exactes et à jour. Si quelque chose vous semble faux ou périmé, dites-le nous : on corrige vite.

Questions fréquentes

Peut-on cumuler voiture de fonction et indemnités kilométriques ?
Pas pour les mêmes trajets. Les indemnités kilométriques compensent l'usage d'un véhicule personnel : un salarié qui roule en voiture de fonction n'y a pas droit, puisque les frais sont déjà payés par l'entreprise. Le cumul n'est envisageable que pour des situations distinctes, par exemple un véhicule de fonction et, exceptionnellement, un déplacement effectué avec sa voiture personnelle.
Quelle différence entre véhicule de fonction et véhicule de service ?
Le véhicule de fonction est attribué à un salarié qui peut l'utiliser aussi à titre privé : cet usage privé est un avantage en nature. Le véhicule de service appartient à l'entreprise pour les seuls besoins professionnels, en principe restitué en dehors des tournées. Mais l'appellation ne suffit pas à protéger : la Cour de cassation a jugé le 14 janvier 2026 (n° 24-14.418) qu'un véhicule dit de service, conservé au domicile du salarié et utilisé de façon permanente pour ses trajets professionnels et personnels, constituait un avantage en nature — que l'employeur ne pouvait plus retirer unilatéralement.
Qui paie l'avantage en nature : l'employeur ou le salarié ?
Les deux. L'avantage en nature s'ajoute au salaire brut : l'entreprise paie des cotisations patronales dessus, le salarié des cotisations salariales, et le montant entre dans le revenu imposable du salarié. Une voiture de fonction est donc un élément de rémunération à part entière, pas un simple outil de travail.
Une voiture électrique change-t-elle le calcul ?
Oui, nettement. Pour un véhicule 100 % électrique mis à disposition entre le 1er février 2025 et le 31 décembre 2027, l'avantage en nature évalué au forfait est calculé après un abattement de 70 %, plafonné à 4 641,60 euros par an (valeur au 1er janvier 2026, revalorisée chaque 1er janvier), et l'électricité rechargée par l'employeur n'entre pas dans le calcul ; en évaluation aux dépenses réelles, l'abattement est de 50 %, plafonné à 2 026,30 euros en 2026. Deux conditions à ne pas manquer : le modèle doit atteindre le score environnemental fixé par le code de l'énergie, le même que pour le bonus écologique — tous les véhicules électriques ne l'obtiennent pas — et seuls les véhicules fonctionnant exclusivement à l'électricité sont concernés : les hybrides, même rechargeables, en sont exclus. Sous ces réserves, c'est aujourd'hui le scénario le plus favorable pour une voiture de fonction.
Et pour un dirigeant, quelle formule choisir ?
Les deux voies lui sont ouvertes, mais avec des exigences renforcées côté indemnités kilométriques : un dirigeant n'a pas droit aux remboursements forfaitaires non justifiés, et son relevé de trajets doit être irréprochable. Le cas est détaillé dans notre guide des indemnités kilométriques du gérant.

Arrêtez de gérer vos kilomètres sur tableur

Kilometrack centralise les déclarations de vos équipes, fiabilise chaque kilomètre et génère un export horodaté et traçable pour vos audits. Essai gratuit 1 mois, sans engagement.

Sources

  1. Arrêté du 25 février 2025 relatif à l'évaluation des avantages en nature pour le calcul des cotisations de sécurité sociale — legifrance.gouv.fr (consulté le 8 juillet 2026)
  2. Bulletin officiel de la sécurité sociale - Avantages en nature — boss.gouv.fr (consulté le 8 juillet 2026)
  3. Cour de cassation, chambre sociale, 14 janvier 2026, n° 24-14.418 — legifrance.gouv.fr (consulté le 8 juillet 2026)
  4. Jurisprudence - Le véhicule de fonction peut-il être considéré comme un avantage en nature ? — entreprendre.service-public.gouv.fr (consulté le 8 juillet 2026)
  5. Impôt sur le revenu - Avantages en nature — service-public.gouv.fr (consulté le 8 juillet 2026)
  6. Arrêté du 4 septembre 2025 relatif aux frais professionnels déductibles pour le calcul des cotisations de sécurité sociale — legifrance.gouv.fr (consulté le 8 juillet 2026)
  7. Frais professionnels : les barèmes kilométriques 2026 sont disponibles — service-public.gouv.fr (consulté le 8 juillet 2026)
  8. Êtes-vous assuré quand vous utilisez votre véhicule personnel pour le travail ? — service-public.gouv.fr (consulté le 8 juillet 2026)

À lire aussi